sonatepourpiano

29 mai 2017

Petits jeux sur une grande oeuvre

Malheur à nous ! Nous ployons l’échine ! Car « profonde est la nuit » et les abimes, et les abysses. C’est en même temps un rêve plat et doux comme l’horizon à perte de vue et qui jamais ne s'allume, et donc invisible et triste, si noir, essayant d’éclore comme le bourgeon mais n’y parvenant pas. C’est l’Alien endormi dans son cocon diraient les jeunes. C’est l’araignée pas encore née dans sa boule poilue toute blanche qui se cache dans les caves derrières les vieux meubles poussiéreux. Rien ne naît. Rien n’existe, tout est sombre. Et néanmoins si beau. Un petit pli que fait la vague, une lueur du bateau au loin faisant miroiter ses lumières sur l’eau, le phare faisant tournoyer avec régularité sa lumière pour faire éviter les récifs trop dangereux. Nul bruit ici, la nuit est toujours noire comme le café. Mais Gainsbourg ne chantait-il pas « que j’aime ta couleur café » ? En définitive, « profonde est la nuit » et rien ne veut naître dans ce pays et ce paysage de désolation. Mes mouchoirs sont près de moi sur un banc et je pleure, donnant plus d’eau avec mes yeux qu’une machine à laver, et mes larmes rejoignent la mer, avec laquelle elles se confondent. Miséricorde et absence, le silence est si beau parfois quand il est comme ça pourtant : vous devriez y goûtez, si, goûter le génie de la création. Ça embellit la vie par le dessous, par l’en bas, par la terre, non par le ciel, mais par la joie de ce qui nous emplit et nous remplit de gaité : les enfants de la troisième de Mahler interviennent, tout change. Le décor se remplit à présent de conseils et de demandes auxquels les grandes personnes doivent souscrire pour que la vie soit viable. Tout est ténébreux selon les enfants : ils admonestent leurs parents, ils sont furieux, ils préviennent, ils disent « attention ! Ne commettez pas l’irréparable ! Ou nous allons nous emporter, nous énerver et nous venger de vos erreurs ». Mais qu’avons-nous fait à ces galopins ? Allons-nous céder à leurs invectives ? Oui si ce sont des anges, et ce ne sont pas des malotrus, alors…

Le final de la Troisième arrive et donc, vous vous imaginez bien : grande marée enfin ! Tout va lentement s’éclaircir et devenir joyeux. Laissons-nous aspirer par le divin esprit et faisons-en sorte qu’il nous berce et nous enchante. Là, pour le coup, la nuit et le noir ne sont plus. Et l’éclosion paraît enfin. La nature renaît, comme si là devant nos yeux apparaissait une aube sublime et fantasmée de l’humanité. Tout paraît en paix et apaisé, bienheureux et laborieux aussi. Une hésitation dans le langage mahlérien se fait entendre et nous retombons un moment dans le sommeil ancestral et lointain. Laissons-nous porter par le mouvement doux et léger de l’air qui voltige sans rien dire, pas un mot de trop, juste une phrase monotone, longue et plate. Le ciel apparaît et nous aveugle, nous martyrise, nous fouette, nous lacère les os et la peau. Et nous en ressortons à moitié morts, affaiblis, sans forces, nos membres se rétrécissent, nous sommes des soudanais du sud, bon pour la faim et le trépas sous le soleil calcinant (considérez cela comme mon petit flash info perso). Nous sommes vraiment fourbus par la vie, des vrais Christ en croix. Alors des guérisseurs arrivent, des masseuses tahitiennes aussi. Ils viennent nous délivrer, et nous mettre plein de tahiti douche (vous vous rappelez le tahiti douche ? ça existe encore ? Je sais pas. Je prends du dop). Bah ! Je plaisante ! Mais là ou je ne plaisante pas, c’est que nous sommes vraiment sous les cascades des îles en train de nous rafraîchir et ça fait pas de mal. L’eau nous asperge grandement la figure et le corps, répare, désaltère. Dans les cabanes à l’ombre non loin de là, les vahinés et les vieux barbus guérisseurs s’occupent de nous, nous raniment, nous nourrissent de fruits divers et variés (bananes, kakis, kiwis, etc). J’exagère un peu.

Nous dormons dans les cabanes iliennes.

Les merveilles ne font que commencer. Les arbres de la jungle sont beaux. Mais la chaleur toujours étouffante et écrasante. Nous retournons là où il fait plus frais.

Soudainement, une torture nous est infligé, sans raison. Ce doit être un acte barbare quelconque, encore un.

Dans la symphonie de Mahler, la flûte traversière jouant en solo fait son apparition, les connaisseurs devineront donc que nous approchons de la fin du mouvement.

Ayant été victimes d’actes atroces, nous gardons les séquelles, on espère un peu de paix et de douceurs avant que les cauchemars ne réapparaissent. Les vahinés reviennent, nous embrassent, les guérisseurs et les danseurs nous agrémentent d’un spectacle, toujours dans l’île aux mille mystères et parfums sauvages (mais ce n’est pas différent d’un spectacle donné aux enfants malades dans des hôpitaux en métropole finalement). Alors ? Allons-nous guérir ? Mieux que ça, c’est une résurrection, un triomphe, une acclamation, une fête de joie accordée à tous. Mes mouchoirs séchant les larmes sont bien secs maintenant. Tout nous délivre, tout nous rassasie d’aisances, tout nous rend heureux, tout nous guérit, tout nous sauve de nos misères, tout est vie !

Posté par sonatepourpiano à 01:15 - Commentaires [0] - Permalien [#]


26 mai 2017

Grosse envie de rire avec vulgarité !

Foutez-moi la paix quand j’écoute Mahler, merci d’avance. Car il avance penaud l’autrichien, ah oui !, très penaud, il attend des éclaircies, des bonbons et des liqueurs pleines de vin et de science. Et c’est ce qui arrive : avec lui, on est bercé, même sous les ouragans qui tombent. Même sous les ouragans qui nous tombent dessus, eh oui, c’est la grande fête à Dudule, un bon coup de pied dans le cul à Dudule, voilà ce qu’il faut lui faire à ce vermisseau de la démarche abracadabrantesque ou d’ivrogne. La bite à Dudule, voilà ce qu’on disait dans le temps : oui, maintenant je m’en souviens : Ah ! Jour béni que ceux des riants souvenirs et celui-ci en est un. Oui, quand on était ado’ Mahler me fait me rappeler qu’on avait souvent cette insulte en cachette, la bite à Dudule, mais bien d’autres encore. Nous rigolons toujours sous l’orage qui tempête dans un faste incroyable, venez-y voir après vous être enivrés ! Je me demande bien ce qu’étaient les insultes des filles dans le secret des chambrées. Peut-être nous le diront-elles un jour. Dugland aussi, c’était pas mal comme insulte, ça mettait un peps’ bienfaisant à nos fausses faiblesses de tocards. Tocards ! Ah oui, celle-là elle est parfois encore utilisée aujourd’hui.

Tout d’un coup, frisson d’effroi, vision d’horreur. Car Mahler continue dans son œuvre gigantesque, il nous gratifie à nouveau d’une douce réconciliation belle comme un baiser fougueux entre deux animaux dans les bois. Nous sommes toujours autant grisés et marchons de même encore de travers, la griserie de ce soir n’est pas prête de se finir. L’ouragan revient en rafale et nous envoie ses éclairs furibards, sa pluie, y’a même des grêlons taille balles de tennis alors c’est vous dire si un simple parapluie ne ferait pas l’affaire. Finalement, c’est peut-être une réminiscence du tremblement de terre du Portugal que Voltaire nous rapporte dans son livre où « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ».

Des arbalètes, des hallebardes, des mâchoires de requins, voilà ce qui avance dans le décor furieux où nous avançons. Putasse c’est pas la joie. Vivement le retour des douceurs et des jolis parfums d’antan.

Bon, là, on s’est cassé la gueule dans un fossé. Ce climat me rappelle un peu « c’est arrivé près de chez vous » avec Benoît Poelvoorde. Nous dormons d’un sommeil de mort, complètement avachis les uns sur les autres. C’est le bordel des Week end pas nets que toute la jeunesse moyenne connaît.

Les paysages fantastiques continuent de défiler dans leurs masques de farandoles, dans leurs costumes de clowns, dans leur cul béni-oui-oui de circonstances, même les curés et les nonnes ont rejoint la beuverie de la ville moyenne. Quelle bande de poivreaux nous faisons, atmosphère d’enfer pour non-puritains et puritains inassouvis. Toute la symphonie fantastique de Berlioz s’est ramené en catimini dans ce mouvement de la neuvième de Mahler (le premier, ben oui, vu le poème que j’écris, on pouvait deviner que c’était celui-là assez facilement). Tout continue à aller joyeusement de travers. Faut bien se relever et terminer la soirée. Le Week end ne durera pas toute la vie. Lundi c’est retour dans la Sainte Patrie chez le Saint Patron. Et si c’était la fête de la sardine dans le sud-ouest, où la fête de je-sais-pas-quoi à Biarritz (y’en a des sacrés dans le coin, tout juste si y’a pas de l’ecstasy qui s’ballade dans les poches). Ou alors c’est la feria de Bayonne ou de Nîmes, avec lâcher de taureaux dans les rues. Un peu barbares les teufs par chez nous quand on y pense.

Mais bon, retour au placard pour cuver et profiter du lit. Demain, grosse gueule de bois, aspirine et retour à la vie plus fréquentable, avec de doux jours aux sereins levers de soleil.

Posté par sonatepourpiano à 01:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]

23 mai 2017

L'insoumise

Viens danser avec moi la girl, allez quoi ! Sois sympa ! Pourquoi tu me rejettes comme ça ? Moi un dragueur ? Pas le moins du monde ! Allez quoi, bouge un peu plus que ça, on dirait une statue là, t’es toute cambrée, décoince-moi ce squelette qui te sert de contenant avarié ! Mais, pourquoi ne vas-tu pas ramasser le linge bordel ! Regarde ce bel après-midi ! Arrête de te morfondre et vadrouille façon militaire punaise ! On dirait une endive mouillée ! Regarde-toi ! Ta déception est par trop funèbre, vieille sorcière ! Quoi ? Ah tu me traites de vieux pochtron ? De parasite of your life ? Et pourquoi pas de vampire suceur de sang tant que t’y es ? Je te demande juste de respecter les pas de danse, un à gauche, un à droite, voilà comme ça. Quoi ? Non c’est pas encore Fred Hastaire mais ça viendra ! Eh ! T’envole pas quand même ! Je vois que tu te prêtes un peu trop au jeu de l’excitation chorégraphique ! Va un peu plus lentement ! Nicht zu schnell comme disent certains mouvements des symphonies de Mahler ou de Bruckner. Arrête de bondir que j’te dis, t’es trop rock là ! Fluidifie moi tout ça ! Met un peu de liquide et de grâce dans tes hanches si belles ! Mais (là voilà qui recommence à speeder), vas-y moins vite que j’te dis, te colle pas à moi, on danse pas un slow ! C’est un exercice physique pour aller vers du flamenco je te rappelle. Il faut te contenir, telle la flamenca, dure du talon qui tape le parquet et allègre de la robe qui fait son éventail. Tu sais que t’es une belle petite brune, bien farouche, bien décidé ! Mais allège moi tout ça, pour le physique tu as tout, ce qui te manque, c’est la préparation intellectuelle. Une flamenca doit comprendre la musique sur laquelle elle danse eh oui tu crois quoi, qu’on va manger des raviolis, mais non, en Espagne c’est paella alors ! Crétine !

Soudain, elle se promena sur la scène d’une démarche altière et sereine, avec le visage rentré et sévère, convaincu. Elle s’approcha de moi et me montra une langue de vipère. Ces yeux rougis par la colère signifiaient assez bien un lézard farouche. De sa bouche qu’elle ouvra en grand, elle cracha du feu. Elle était devenue Dragon. Elle me sauta dessus et, de Dragon passa Panthère, me déchira ma chemise et, avec ses dents de Vampire, m’arracha la langue. Elle ne voulait pas me rouler un patin non ! Elle voulait me dévorer tout cru. C’était une suceuse non pas dans le genre fellation, mais une suceuse de sang ni plus ni moins. Et tout ça sur la danse du feu de Manuel De Falla bien sûr. Elle m’avait bien eu. Elle avait finement détecté ma perversité grand cru. Elle avait deviné que je n’étais là que pour son cul et ses beaux yeux et elle n’aimait pas trop ça. Bien lui en prit. Je me confondis en excuses mais elle était déjà partie faire sa scène devant un public acquis à sa cause. Quelle Dame Patronnesse que cette femme-là.

Puis, après le concert, elle me jeta sa robe de flamenca, enfila des fringues tout ce qu’il y’a de plus banal et me dit : « j’ai décidé d’aller apprendre le hip-hop ! Démmerde-toi tout seul ! ». Je crois que je n’avais pas trop le choix vu ses capacités démoniaques contre lesquelles je ne pouvais in fine pas grand-chose.

Posté par sonatepourpiano à 03:00 - Commentaires [0] - Permalien [#]

22 mai 2017

Sur le mouvement lent de la neuvième de Beethoven par Ferenc Fricsay

J’étais dans un avion et tout le ciel s’ouvrait à moi. J’étais envahi par les anges et tous les baisers s’essoufflaient sur mes joues. J’étais comme une tulipe d’où le pistil et l’étamine, trop contents, grossissaient jusqu’à dépasser les pétales. J’étais plein de naissances et d’éclosions allant dans le bel été insouciant. J’étais une blague de carambar qu’un enfant lisait pour la première fois. L’enfant était mon fils et ses yeux rieurs me comblaient d’aisance. J’étais une page de blog sur laquelle on posait ses yeux brièvement, pour les retirer ensuite avec des idées pleines de promesses. J’étais en avance sur tous les bonheurs humains. Je voyais mes responsabilités ardues, mes tâches à accomplir, j’exerçais avec une précision de chirurgien tous mes travaux et avec une science érudite mes exercices artistiques. J’étais un artiste qui voyait loin, plus loin, comme tous les artistes, que le commun des mortels. J’étais donc brièvement, pour ma durée de vie, un immortel adoubé par les nuages qui voletaient devant moi comme autant de libellules, par les larmes du monde aussi, qui pesaient lourd sur les consciences individuelles. Mais ma conscience à moi, pour l’instant de ce poème-là, était universelle et m’appartenait (égoïsme fatal de l’artiste et qui souvent se retourne contre lui hélas !). Je flânais donc dans le ciel car j’étais sorti de l’avion et, toujours là-haut, il y’avait un champ qui se déployait : des enfants y jouaient au cerf-volant avec leur mères, des jeunes faisaient vélo, des vieux et des handicapés étaient soignés et aidés, les allocations et le travail rémunéraient bien, je faisais du oula up et je dansais sous un chapiteau. Les portes du ciel et du champ sur lequel nous étions tous lentement se refermaient avec la fin du jour. Je me demandais ce que nous, les personnes responsables, fichions ici au juste car c’était je crois un jardin innocent finalement et qu’il fallait laisser aux innocents. Donc, en bon poète rigoleur, je décidais de m’esquiver, lentement, à pas de louve, de ce paradis insolent de richesses et de splendeurs. J’y restais un peu encore cependant, pour goûter une dernière fois l’air de cette contrée grandiose. Mais bientôt on m’invita à sortir, sans oublier de me donner une belle tulipe en souvenir, et on referma l’énorme porte derrière moi. Je m’en retournais dans l’avion d’où j’étais furtivement sorti donc, et ce dernier continua son vol.

Posté par sonatepourpiano à 02:16 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Poème rêvé

 

Je veux t’offrir une rose et des jupes roses
Parce-que ça va bien aux femmes comme toi
Quand elles sont fermes et jolies à la fois
Je veux t’offrir une rose et des jupes roses

J’aime tes jeans en cuirs : ils sont forts comme un homme
Quand tu les portes ça montre que tu es forte
Tout le poids du monde, je vois que tu le portes
J’aime tes jeans en cuirs : ils sont forts comme un homme

Tes superbes seins, je veux que tu me les montre
Je suis vieux je sais mais je te paierai pour ça
Je suis vieux je sais et c’est bientôt le trépas

Tes superbes reins, je veux que tu me les montre
Moi, je suis flasque et mou, je n’ai pas d’énergie
O je plaisantais ! Ah ! Je vois que tu souris !

Posté par sonatepourpiano à 01:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]

19 mai 2017

Sur le mouvement lent de la quatrième de Mahler (j'ai acheté l'intégrale : hâte de tout écouter).

Un long ennui commence qui veut éclore comme une fleur, mais va-t-il y parvenir qu’on se demande tous ? Et justement, soudainement, des fleurs jonchent tout le chemin, des fleurs des champs seulement, que des fleurs des champs, modestes, timides, ne se montrant pas trop et pleurant à l'endroit de ceux qui les regardent, ou souriant, qu’en sait-on au juste ? Tout est calme et silencieux sous le grâcieux printemps, on parcourt, on parcourt, quoi au juste ? Eh bien rien, comme dans l’adagio sostenuto de la Hammerklavier, et ne vous en plaignez pas, oh non, ne vous en plaignez pas. Qu’il ne se passe rien sur le tendre chemin où poussent des bleuets à gauche, des gentianes à droite, des pensées ici, des boutons d’or là, oui qu’il ne se passe rien sur ce chemin est un bienheureux présage. On est empêtré dans sa concentration sereine, on essaye d’y apposer des touches diverses et variés, comme le peintre fait avec sa toile. Donc, rien ? Et si pourtant, car l’art du point de vue créatif commence par rien pour parvenir, par petites touches donc, à quelque chose : au mon Dieu : cet énorme navire qui s’enfonce dans la mer (remake de Titanic, de Pirates des Caraïbes ? Mystère mais Mahler avait de l’avance qui est mort un an avant que le mastodonte anglais ne sombre). Bref, y’a du chemin donc et là, soudainement encor’, on est en randonnée au milieu des vastes plaines de France, du côté de chez les Cathares, on se balade pas loin du Château de Montségur en suant (cause que plein été), aujourd’hui heureusement, pas quand ces derniers périrent sur le bûcher de l’Inquisition pour non abjuration de leur foi. Tiens ! Je sais pas pourquoi, ça me rappelle les conquêtes pour la terre saint, Saint-Jean d’Acre, les papes belliqueux etc…

Mais revenons à nos moutons poétiques plutôt qu’à nos moutons historiques (qui sont beaux eux aussi pourtant). Nous sommes-nous perdus sur le chemin où abondent les fleurs des champs, les vaches et les moutons épars où sommes-nous plutôt en train de constater que le paysage devient pluvieux et se change en boue et en gadoue. Ah non en fait ! Je me suis trompé, j’étais tombé dans un bocal à poisson avec mes amis promeneurs. Le soleil est toujours bien là et darde le ciel avec son énorme œil braqué sur nous.

Nous étouffons sous ce soleil vraiment. Où est la gourde ? De l’eau !

Mais voilà t’y pas qu’une piscine chicosse comme tout apparaît dans le décor de mon esprit (où peut-être la découvriras tu au château de Montségur, cher lecteur !). Alors on plonge, on se baigne et on se transforme en ces superbes nageuses plantureuses qui sont capables de faire des ballets dans l’eau comme les ballerines du casse-noisette et du lac des cygnes les font à l’air libre. Cela fait, on prend place au bord de la cuve à eau sur notre transat et on se boit une limonade, puis un diabolo menthe, puis une grenadine, puis on dévie vers un kir, puis un champagne, puis une vodka, puis, le soir arrive et un feu d’artifice éructe dans le ciel : « le pays des cathares c’est quand même quequ’chose ! » nous murmurons-nous entre campeurs spirituels hyper contents d’être là, sirotant donc ce champagne maintenant, profitant de ce paysage et des illuminations qui l’agrémentent. Puis, nous sentons que nous sommes emportés dans un doux sommeil d’ivresse et que nous allons nous endormir à la belle étoile, ici, dans cet émerveillement si doux à l’esprit, si plaisant pour les rêveurs, et toutes les chansons de la nature tombent dans nos oreilles, elles ne font pas plus de bruits que les feuilles des arbres qui remuent lentement au vent des étés resplendissants.

Posté par sonatepourpiano à 02:43 - Commentaires [0] - Permalien [#]

17 mai 2017

Sur Bach par Maurizio Pollini (interprétation assez religieuse il me semble à l'inverse du précédent)

Au ciel, on ne cesse jamais de pleurer toutes ses larmes, et, aussi, on y est tendres et énigmatiques, étant fantômes éternels tous les uns comme les autres. Sur la plage, ça roule, l’écume nous prend dans sa mousse, comme ça, sans qu’on sache pourquoi, et ça fait une barbe aux hommes comme aux femmes. A l’église, les chaises basses se bousculent parce qu’elles se trouvent trop serrées les unes contre les autres, cela rend les choses bien embêtantes pour entendre la voix de Dieu et pour prier. De plus, elles s’échangent parfois des apéritifs et du Ricard, ce qui est pour le moins étonnant. Et puis, quand Satan crie sa colère, les vitraux tremblent et les dessins dessus se mettent à remuer. Là, ce doit être Jésus foudroyé par la punition divine et là-bas, ce doit être une beuverie encor’, entre Pierre, Juda et Saint-Je-Sais-Pas-Qui vu que les gens sont tous plus ou moins éméchés que j’vous dis dans cette église, aussi éméchés que les chaises du prieuré. Ah ! Mon Dieu, « une prunelle moins irritée » (Rimbaud) je vous en conjure, vénéré Satan ! Oui, offrez-nous « une prunelle moins irritée » ! Oui, voilà, comme ça, c’est mieux : un p’tit sourire de tendre affection. D’affliction aussi, soit, oui, je respecte votre lieu saint plein d’affliction et je le parcours, non en méchant maraudeur, mais en dansant sur les pierres trop froides.

Que cette église est joyeuse soudain : elle se déguise en kermesse d’école pour enfants et se transforme en joyeux bordel assourdissant. Pour la prière, faudra repasser. Laissons d’abord les enfants, das kinder s’amuser. Mais les voilà que eux aussi, les gosses, ils se mettent à prier dans la religiosité la plus véritable. Tout d’un coup, ils sont pris par la chanson d’un ange. Une femme a pris place sur l’autel et chante d’une si belle voix un air si doux et entraînant que les yeux s’exorbitent et les étonnements auditifs imprègnent tous les corps présents et les âmes trop excitées. Soudain, on s’allonge, on dort, on sieste, toujours dans la maison de notre Saint Père. Ce dernier doit bien rigoler de voir ce spectacle. On s’affale, on rêve à n’en plus finir.

Quant à moi, mon grand amour me rejoint. Tous les deux, on a décidé de ne rien faire aujourd’hui. On va juste bêcher le jardin ensemble, boire un café et finir dans les bras l’un de l’autre, au fond d’une nuit pleine de tendresse, de rêve et de doux pêchés.

L’église ? Dieu ? Ah ben non du coup on a évité les deux ma moitié et moi. L’infini de Dieu, oui, mais à petite dose seulement, c’est ennuyeux à t-on remarqué au bout d’un moment.

Maurizio Pollini - Bach Well Tempered Clavier Book 1

 

Posté par sonatepourpiano à 02:42 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Sur Bach par Glenn Gould (plus athée que Pollini dans la manière de jouer)

Aube qui frétille à la manière d’un poisson-lune, pourrais-tu faire sortir de ton ventre un beau Soleil tout radieux ?

Oui ? O merci, je n’en attendais pas moins de toi et de tes belles jambes. Où cours-tu ainsi, Aube orange ? Tu vas te baigner ? Attends que je mette mon maillot de bain et que je te rejoigne ! Ne va pas trop vite, l’eau est froide ! Tu avances dans l’eau même au milieu des algues et du goémon, quelle Aube rousse courageuse tu fais ! Et la voilà qui se mouille et part à grandes brassées puis revient, sors de l’eau, se sèche en faisant voler ses cheveux pleurnicheurs (ben oui vu qu’ils sont tous mouillés, z’avez pas compris l’image, bande de Belzebuths ?). Et voilà t’y pas qu’elle s’organise des petits pas de ballerine et qu’ensuite elle enfourche sa guitare pour jouer du ACDC, car ses amis sont là qui ont installé des enceintes et tout et tout sur la plage. Allons, heureusement que y’a pas grand monde, parce-que, au plein milieu de l’été et sur la plage bondée, ça aurait fait un sacré scandale ! Mais elle est comme ça l’aube de printemps, c’est une gonzesse qu’il faut respecter car elle sait où elle va et ce qu’elle veut, genre self-control, sel-organisation, self-service (car oui, elle fait aussi la cuisine), self-employed, une vraie macroniste délurée en fait !

Mais là voilà qui jette sa guitare en l’air et qui prend un accordéon pour nous jouer une valse musette car cette aube rousse veut aussi être un crépuscule ensoleillé qui organise des fêtes pour les danseurs du dimanche (il n’y a pourtant toujours personne sur cette plage mais elle n’en a cure). Pour qu’elle croit dur comme fer que j’aime ce qu’elle fait, la gonzesse crépusculaire irradiée de soleil émouvant, je demande à une passante de danser avec moi sur sa musique.

Puis cela fait, tout s’arrête soudainement et je me retrouve avec cette mystérieuse femme qui m’invite à faire quelques pas avec elle sur la plage. Nous sentons que des sentiments de bonne humeur et de douce quiétude nous mettent dans un « GOOD RELATIONSHIP », mais en français on dirait dans une belle harmonie de duettistes tout simplement. On est tous les deux comme deux bons gaillards qui s’entendraient à merveille sur des questions de clés à molettes ou de moteur de formule 1, ce qu'on peut aussi qualifier de "cool attitude" ou de "zénitude aérienne". Faut dire qu’elle a des argument la nana. C’est pas la playmate de playboy photoshopée et, justement, c’est ce qui fait son charme en plus de sa proximité et de sa bienveillance. Le feeling est bon, on s’entend vraiment bien tous les deux. Quel rêve de simplicité complexe !

Le lendemain, après cette douce nuit pleine de saveurs charnelles et spirituelles à la fois, je revis l’aube se pointer et pleurer cette fois, car cachée derrière un ciel gris et pluvieux du Nord.

Posté par sonatepourpiano à 02:37 - Commentaires [0] - Permalien [#]