La voiture roule sur l’océan et part à l’aventure : elle se gare derrière une vague puis se repose, une pluie de diamants (c’est l’écume) tombe sur elle, la voiture est rose avec des nattes sur sa coiffure (son capot) et veut des massages, ou plutôt, veut qu’on la gratouille ou qu’on la chatouille, c’est au choix. Un soupçon d’eau perlée vient alors sur le capot rose de la voiture qui a des nattes et cette eau perlée gratouille, masse, et chatouille. Alors, comprenez-bien, elle rit la voiture, elle ressent du plaisir, pour elle, c’est comme une cure de thalasso (après tout ce temps passé sur les routes polluées). La voiture se sent requinquée après cette séance : la voilà toute guillerette, le teint rose (autant que le capot), puis elle devient coquette tout plein. Elle se pomponne et se maquille, puis rentre chez elle, au fond de l’océan. Là, des poissons avec de gros piquants, poissons clown, et d’autres tournent autour d’elle, curieux, admiratifs, intrigués aussi. Puis un ballet sous-marin s’offre aux fonds océaniques donc. Mais la voiture soudain démarre, et passe de la première à la cinquième en trois secondes, elle file plus vite qu’un avion : elle était dans l’Atlantique (poissons trop gris), la voilà dans le Pacifique (poissons supers colorés).

Et là, la voiture s’arrête, puis se fait sa retraite, elle fait la rêveuse tendre emplie de bonheurs épars et lents et langoureux. La voilà qui pense aux nuages que fait en temps normal son pot d’échappement, nuages gris donc. Elle pense à ses essuies glaces : sous la mer, ils vont s’épuiser se dit-elle. Elle prend ses cahiers d’écolière et dessine un voitur, sans e, ce sera une voiture bleue, un homme véritable, son futur époux. Il marchera au diesel. Mais tout est si pur ici, que les tons gris (moteurs essence et diesel) prennent les tons des coraux roses, bleus, rouges, oranges, jaunes, zébrés verts et violets, rayés noirs et blancs, ah ! Les poissons exotiques des mers chaudes imprègnent son esprit, c’est-à-dire son moteur, qui devient une mousse sous-marine et mystérieuse, pleine de verdure et de champs, pleine d’espace du plus pur, de la nuit la plus pure, pleine de promenades dans les allées des forêts océanes, plein de feuilles d’automnes et de neige en flocons innombrables, la voiture, écolière aux nattes rousses, se sent comme une fille plongée dans un rêve tendre donc.

Elle remonte à la surface, fait du slalom entre les vagues, se précipite dans des tunnels d’eaux, sautille de vagues en vagues, s’amuse avec l’écume, en s’en barbouillant les joues, en s’en lavant le corps, en s’en moussant les cheveux (c’est du shampoing), elle redevient voiture rose au capot rose et fait des jeux : jeux de cartes, jeux de mains jeux de vilains, jeux de fanfares, jeux de majorettes, jeux de chevalière (du style Portos, Aramis, mais elle, c’est plutôt d’Artagnan ! Et point).