Désastre ! Tous ces pleurs humains sur nous tombant ! Et cette joie sereine au sol déposée comme une offrande pleine de richesses fruitées, il faut que je rentre en la mer des joies où l’ivresse tourne pour mieux nous enlacer de ses mots silencieux, fredonnés en secret dans les nuits froides au dehors, mais chaudes au-dedans (au-dedans du creux de l’oreille : mots chuchotés et plein d’amour, au-dedans des cœurs : mots déchirants comme des « je t’adore et je t’aime », mots endormants et filant droit dans les ténèbres de l’oubli réconfortant). La berceuse ténébreuse, elle si somnolente comme moi, elle avance sans savoir où elle va, comme un ivrogne, entre deux espaces inconnus, il faudrait retrouver une vigueur de fortune, mais il n’y en a point, c’est la tristesse encore elle qui nous enveloppe de ses larmes chaudes comme de l’eau bouillie avec du citron (remède de grand-mère contre la crève, ah si, donne un certain tonus !), mais donc les larmes sont chaudes, bouillantes, elles nous offrent le spectacle vivant et irradiant de la pleine verdure, des animaux des champs et des bois, des amours dans les feuilles, des amours dans les branches (entre écureuils qui se prêtent des noisettes), l’herbe, innombrable pousse chante ses racines avec une guitare dans le ciel, et se sont les nuages qui se chargent du contrepoint, et les chevaux dans la lande s’occupent de faire sonner les cors, les trompettes s’étalent sur tous les coteaux et les bocages, une symphonie, celle de la vie avec un grand V nous étreint et nous foudroie de mille candeurs qu’on croyait à jamais enfouies dans l’éden biblique. Or elles nous étreignent là de manière magiquement contemporaine. Ces candeurs naturelles, venant comme d’une coccinelle ou d’un misérable insecte, recouvrent pourtant l’univers entier de leur saveur annuelle, car elles passent à travers les saisons discrètement et seuls les âmes fines savent suivre leur ligne lente comme un pouls qui bat. C’est la terre cela ! La belle terre, la terre aimante avec discrétion parfois, avec véhémence d’autrefois (dans les tremblements de terre notamment, ou les éruptions volcaniques). Donc, la terre qui sait se faire petite aussi nous rappelle dans ses moments un noël heureux sans tout la smala familiale importune, juste avec ceux qu’on a plaisir à voir et à rencontrer, nos amis radieux, les vrais, les beaux, les Immenses qui sont pourtant petits par la taille, oui, je sens déjà noël et les cadeaux qu’on m’offrait avant et que j’offre maintenant (chacun son tour !), je suis plein de grandeur et d’amour car la terre est grandeur et amour, car le ciel, parce-que je le veux le temps de ma vie, est l’endroit sur lequel je médite profondément, pour mieux, grâce à lui et à sa vision splendide, revenir à mes petites habitudes de petite vie. Car ma vie est petite. Car toute vie est petite. C’est l’esprit des gens qui est bonté et grâce, et joie et douleur, tant de précipices en vue d’une remontée sur les cimes de la pensée longue, méditée comme la crêpe dans la pâte avant de devenir crêpe, arrivée à maturation comme le cidre, et, au final, aussi rouge dans les stupeurs qu’aussi bleue dans les ravissements. La douceur des champs revient, en pensée, et la lenteur avec, et la contemplation avec aussi, tout s’endort et va mourir avec la chute du soleil. Le monde doucement s’ensommeille et, dans les chaumières tous les soirs, on lit des histoires aux enfants avant de leur souhaiter bonne nuit. Car, parents, nous aurions tous voulu vous aimer, même si cela ne fut pas toujours aisé. Et un murmure de plus. Celui de la chouette. Et un autre, celui du grillon, une branche cassée sous les godasses, un « crac » enchanteur et mystérieux et qui a la signification des bois la nuit et les bois la nuit, c’est le monde ignoré toujours, donc désiré toujours par le poète panthéiste qui s’assume comme tel.