Nous sommes installés dans le pays du calme et de la joie. Les chiens sautillent dans les prés et les sauterelles vont de brins d’herbe en brins d’herbe.

 

Nous sommes installés dans le pays du calme et de la joie. Les esprits sont pleins d’amour et des fleurs poussent même sur le bitume des trottoirs. Les passants amoureux en ramassent quelques fois et se les offrent mutuellement.

Et les rubans de papiers toilettes (c’est de l’humour hein !) se déroulent allègrement sur nous, venus du ciel et en désordre pour que nous puissions nous en enrubanner joyeusement, dans les studios radios, afin de rire (par contre, dans les studios télé, remettez-ça à plus tard, z’auriez l’air bêtes). Des guirlandes de noël viennent se rajouter aux joyeux rubans susmentionnés et les deux s’emmêlent en un ample jeu de « je te veux, tu me veux » d’amour. Ces tissus si aériens qu’ils s’étalent bientôt constamment au-dessus de toutes les portes d’entrée (comme gui à la même période) nous emportent à leur gré dans un univers familier : tendresses potelées de chair potelées semblent se dire des mots doux. Bientôt, les tissus nous font voyager au-dessus des mers et des pavillons maritimes : les vagues sont des bisous, leur écume traduit à chaque fois mille milliers de diamants. Parfois, nous faisons des cascades assez risquées, mais c’est pour le fun, comme disent les ploucs. Puis, ivres de bonheurs, enroulés dans nos papiers toilettes et nos guirlandes éclatantes de couleurs comme les pharaons enroulés dans leurs draps de sarcophages, nous roulons et nous roulons, emportés toujours par les courants qui nous portent, nous portent et nous transportent. Nous flirtons avec les poissons, les méduses et les pieuvres, et les cachalots : ceux-ci nous content en retour de nos bons mots de douces histoires (leur histoire) et de charmantes berceuses. Nous n’avons plus qu’à sucer notre pouce et à dormir d’un sommeil éternel, comme les pharaons dans leur sarcophage.

Soudain, la campagne, les fourmis et les coccinelles forment un cercle autour de quelques arbrisseaux. Que pouvons-nous bien faire là ? A part pique-niquer et pêcher, comme dans les tableaux impressionnistes, je ne vois pas. C’est un peu désertique dans ce coin. Soit, alors taisons-nous, une paille de foin à sucer et : sommeil agréable avec à nouveau les guirlandes colorées qui nous amènent dans des rêves où l’amour à nouveau se rend complice des nuages, où la simplicité est le seul éloge qu’on puisse faire, pas de grand discours oratoire ici, plutôt un petit coup de coude au paysan du coin pour qu’il arrête de faire du bruit avec ses machines. Ah ! Tiens ! Pierrette vient nous apporter des œufs sans fipronil, pondus par des autruches-poules. A table ! Une bonne omelette s’annonce. Cette nature champêtre, je vous le dis, n’est pas prête de finir de nous entourer et de nous câliner. C’est incroyable qu’elle puisse nous aimer à ce point ! Presque qu’encombrante à la longue ! Mais, c’est vrai, que, quand elle reprend son western circus (titre d’un Lucky Luke il me semble) et qu’elle sort à nouveau ses bâtons magiques avec au bout les rubans de papiers toilettes et les guirlandes de noël qui ressemblent, il faut bien le dire, à des écharpes à paillettes un peu clinquantes, quand la nature à nouveau nous fait tous ses spectacles de jeux équivalents à des fabliaux du moyen-âge, eh bien, on ne peut qu’acquiescer. Mais la nuit tombe et nous aussi, dans un autre rêve derechef très pastoral. Tout est reposé encore une fois, à part ce jeu des choses volantes et lumineuses. A jamais nous jouerons avec toi, nature aimé ! A jamais nous nous roulerons en toi, humanité radieuse ! A jamais nous nous laverons de ton eau de pluie ! A jamais nous rirons dans ton cœur ! Ta beauté n’est qu’intelligence facile et douce, ton charme n’est que baignades dans les sources des chauds lagons des îles ! Tes sourires ne sont que danses et ivresses ! Ah ! Je suis épuisé de m’être amusé autant avec toi ! Je vais dormir maintenant, amour de verdure éternelle !