Tiens : prends ça dans ta tronche ! Et ce pied, prend-le dans tes fesses ! Tu vas voler aux enfers, ça te fera du bien ! Quoi donc ? Tu trouves le Paradis ? Et tu t’y amuses ? Et tu y joues de la flûte ? Et tu donnes des concerts ? Et tout un public t’écoute et t’applaudit ? Quoi donc ? Tu as la victoire au bout des doigts, comme le pianiste maître de ses touches ? Hein ? Tu joues au tennis ? Tu fais les meilleurs smatchs du monde et ça passe à chaque fois au-dessus de la tête de l’adversaire ? Hein ? Tu lobes à tous les coups ? Eh bien, si je m’y attendais, petit foutriquet ! Un âne comme toi : tant de facilités et d’aisances à tant d’activités !

Quoi donc ? Tu es fatigué après tous ces efforts : tu rêves d’un nid de rêves et de tendresses ? Tu vas te coucher ? Tu vas rêver dans les étoiles ? Rêver d’étoiles filantes ? Rêver de peluches hyper grosses qui font dix fois la taille d’un nouveau-né ? Quoi donc ? Tu vas descendre le lit du fleuve en ramant pendant huit heures et cinq jours ? Tu veux te perdre dans des jungles épaisses ? Faire ton Indiana Jones ? Faire ton « gorilles dans la brume » ? Eh ben t’as pas fini, j’te l’dis tout net !

Mais c’est que pourtant ça ne lui fait pas peur à ce Monsieur, de courir par les mondes et les contrées même les plus reculées ! Quel imbécile ! Quand reviendra-t-il donc au logis, cet inconscient qu’on dirait sorti d’un roman de Jules Verne, qu’on dirait le Capitaine Nemo en pleine conduite de son navire. Il faudrait qu’il arrête de sauter de fourrés en fourrés et qu’il s’allume un feu de camp pour passer la nuit. Mais il est toujours au top de sa forme. Il s’accroche aux lianes, tel le gamin du livre de la jungle et va, d’arbres en arbres avec ses amis les singes.

Puis, soudain, il voit la fille de ses rêves : elle refait ses cheveux. Elle fait sa toilette en se mirant dans l’eau de la rivière. Elle se peigne, elle danse sur une pierre, pieds nus. Une vraie princesse pour monsieur qui l’observe discrètement.

Mais en fait, moi ce que j’en dis, c’est que ces deux cons feraient mieux de rejoindre la civilisation et de se mettre au travail. Ces crétins vivent en enfer sans s’en rendre compte. On ne passe pas sa vie à jouer avec des bambous ! On apprend à s’habiller, déjà, d’une, on va faire des études, de deux, et on obéit aux forces supérieures à nous, celles de nos ancêtres qui n’étaient pas là pour faire jolis et qui en ont fait des choses, et pas que des conneries (même si… y’aurait beaucoup à redire).

Ah ! Voilà, je préfère ça : ils ont compris qu’ils pourrissaient dans une rance atmosphère et commencent à s’en détacher et à la fuir : bien leur en prenne. Ils montent dans une Ferrari, foncent dans la forêt en arrachant toutes les plantations et se retrouvent sur une belle autoroute bien bitumée, le gars appuie sur le champignon, même qu’il a une autorisation préfectorale pour ça, et, de virages en virages, la superbe caisse s’envole dans les airs, devient un avion supersonique passant fissa le mur du son, puis se retrouve je sais pas où dans une grande ville où y’a plein de choses à faire et plein d’activités de groupes à étreindre. Sinon, ils aiment le jazz, et glissent entre les lignes des partitions musicales, ils se transforment en noires, en blanches, en croches et se baignent dans une marée sonore douce et immergeante comme une mer bleue des Antilles.