Le son des grottes est palpitant et éternel aussi, et souffrant. Il offre des mystères qu’on ne saurait percer mais qui sont parfois beaux, tout en étant larmoyants, et des petites choses secrètes miaulent comme des chatons mignons.

Soudain, on me parle : la vindicte est très sévère, on me dit de me méfier grandement, de ne pas toucher les chairs de tops près, d’écouter le chant du rossignol et du geai qui s’entremêlent dans les branches. La grotte où je suis rentré est vraiment noire de chez noire, lorsque, soudain, tout s’éclaire et un printemps radieux sortie d’une voix de Reine s’offre à ma vision, mais brièvement, car l’ombre retombe à nouveau sur moi et l’inquiétude sonne dans les environs, tout frissonne et la grotte s’ouvre encore plus, jusqu’à faire naître lumière et quiétude, comme un retour du printemps : nous sommes sous les oliviers méditerranéens ou quelque chose comme aç (comme on disait quand on parlait en verlan), oui sous de frais oliviers et, patatras, la grotte et le noir nous recouvrent encore. Il faut marcher, marcher encore, le chemin sera gracieux nous dit la voix, triste mais plein de majesté et de grâce. Il ne faudra pas trébucher à chaque pas comme les enfants mais au contraire aller droit comme des caporaux et épouser les courbes des courants d’air.

Tiens, voilà, une grosse pierre ronde qui tombe à mes pieds et les oiseaux qui rigolent dans leurs chants clairvoyants. Je glisse dans un fourré et me fais Alice au pays des merveilles, c’est-à-dire que je tombe dans un autre monde, ou alors je suis Skywalker sur la planète où Yoda s’est retiré depuis la défaite Jedi. Ah si ! Il faut faire gaffe ! J’ai atterri en terrain miné, hostile, faut que je me méfie à chaque pas mais j’ai été formé, donc, tout devrait bien se passer et même comme sur des roulettes, vu que j’ai un overboard lumineux et des lunettes à infra-rouge. C’est le matériel du soldat sur les terrains en guerre ? Ben oui peut-être après tout.

Mais on m’a leurré, me voilà en un pays riche et mélodieux, plein de denrées rares venues d’Orient et de tous les pays exotiques, tout est beau comme dans le film Avatar mais là, c’est en plein jour et y’a plein de chaleurs des mers du Sud : le soleil est rieur et plein de sourires, il veut que nous nous allongions pour nous masser, il veut nous offrir des cocktails et que nous allions ensemble au paradis éternel.

Un petit frisson joyeux et des gazouillis dans les bois passent à nouveau sur notre peau et dans nos oreilles. Des rythmes sombres rappellent l’entrée originelle dans la grotte infernale, celle où il faut faire et apprendre, celle du parcours initiatique inhérent à toute vie humaine. Là-dedans, il fait frais et y’a pas de coca-cola (c’est con hein ?). Y’a pas non plus de jus de goyave (et c’est encore plus gênant, car on passe de températures extrêmement chaudes à extrêmement froides).

Mais tout d’un coup, une musique nous entoure comme un Boa constrictor. Heureusement, celui-ci est un Doudou tout chaud et timide. Il ne demande et n’implore que de la gentillesse et des sourires, un vrai gosse ce pseudo serpent des pays mexicains. Bientôt, nous nageons ensemble dans le ciel, nous les enfants de la terre et celle-ci nous dit qu’elle nous aime et nous lui répondons : « nous t’aimons aussi, mais tu as l’air de souffrir grandement, presqu’autant que la triste solitude dans laquelle tu t’enfermes ». Et là, miracle, la terre répond, seule et triste : « je suis maudite ! j’ai tant erré ! Je me suis perdue ! Il me faut une boussole pour retrouver mon Nord, ma glace chérie, mon Iceberg tant aimé, celui qui hélas a au passage fait couler le Titanic en 1912, oui, il me faut retrouver mon Nord ! Je suis comme une fleur sans pétales en plein milieu des beaux étés si radieux ! Je me sens défaillir ! Ah ! Ne m’abandonnez pas, enfants du futur, enfants du présents, vieillards valeureux et parents insouciants, ayez pitié de mes faiblesses ! J’ai le dos en compote ! Je suis fatigué de mon propre poids, moi si vieille, j’ai besoin de votre jeunesse pour retrouver un entrain joyeux ! Mon Nord précieux, c’est vous humains ! Il faut que je boive à votre source ! Même les animaux, qui ne pensent pas, m’encombrent ! Non, je veux des cerveaux jeunes, insolents, paradisiaques à mes souhaits, voyageant à mes rêves, je veux des ailes pour m’envoler et tenir à nouveau sur mes jambes usées ! J’ai besoin de votre eau de jouvence pour me refaire une santé, à vous je veux offrir mon cœur pour que vous me donniez le vôtre, ce serait comme une transplantation cardiaque qui me redonnerait une chance pour appartenir à mon rêve tendre, doux, cosmique, paisible, chaleureux, aimant, ennobli par le doux flot de la mer, je veux pouvoir m’esbaudir jusqu’à ma fin pleine d’horizons… »